UN DÉBAT AVEC LUTTE OUVRIÈRE

Publié le par zuzu

UN DÉBAT AVEC LUTTE OUVRIÈRE

Municipales à la Georges Brassens

Les 1er et 2 décembre, s’est tenu le 37e congrès de Lutte ouvrière (LO), dont les textes n’ont pas encore été rendus publics. Mais les camarades de LO n’ont pas attendu leur congrès pour s’engager dans une politique à la fois surprenante et inquiétante.

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Bordeaux, le 20 mars 2007. Lutte ouvrière envisage des listes communes
avec le PS aux municipales de 2008 (Photothèque Rouge/Meno).

Lorsque la LCR a rencontré une délégation de la direction de Lutte ouvrière (LO), le 14 novembre, le principal dirigeant de LO, Georges Kaldy, nous a clairement dit qu’il ne partageait pas notre orientation appelant à la construction d’un parti anticapitaliste et révolutionnaire, qui reviendrait, à ses yeux, à abandonner la perspective d’un parti « marxiste, léniniste, trotskyste ». En conséquence, et pour ne pas cautionner une démarche qu’elle ne partage pas, la direction de LO n’envisage pas de constituer des listes avec la LCR. Cela ne l’empêche pas, par ailleurs, d’envisager de participer à des listes d’Union de la gauche ou avec le PCF…

Pour discuter de cette politique, le seul écrit auquel nous pouvons nous référer est un article de Lutte ouvrière signé par Roger Girardot, intitulé « Lutte ouvrière et les municipales à venir » (Lutte ouvrière n° 2051). Le lecteur qui chercherait une analyse permettant de comprendre la politique de LO restera sur sa faim.

L’article critique les informations données par les journalistes... tout en les confirmant : « Le problème est que nous ne voulons pas que, dans la situation politique actuelle, nos listes puissent nuire aux listes de gauche. C’est pourquoi nous avons engagé des discussions avec les listes de gauche qui nous sollicitaient et, dans d’autres cas, nous avons pris l’initiative en nous adressant aux candidats du PCF. Nous ne faisons pas cela pour avoir des élus car, des élus, nous pouvons en avoir en nous présentant indépendamment, comme en 2001. »

LO aurait donc été sollicitée par le PS et, pour ne pas nuire à la gauche – faut-il préciser la gauche libérale, gouvernementale ? –, elle est prête à se mettre sur ses listes, donc à participer à des exécutifs avec le PS si la liste l’emporte… Il n’aura pas échappé à la perspicacité de Girardot que c’est un peu plus que ne pas nuire, c’est faire un accord électoral avec le PS. Que l’on nous dise que la direction de LO n’en attend même pas d’élus ne nous rassure en rien: si ce n’est même pas pour avoir des élus, pourquoi faire cela ? Puis, d’expliquer : « Personne dans les colistiers que nous contactons actuellement ne nous demande de nous dissoudre pour rejoindre leur parti, ce que fait, en substance, la LCR. »

Et voilà. Tout cela parce que la LCR demanderait à LO de se dissoudre ! Notez la nuance, « en substance ». Qui pourrait croire que nous demandons à LO de se dissoudre ? Le PS, lui, ne demande à LO que de dissoudre… sa politique. L’article continue d’expliquer, en réponse aux journalistes qui « rappellent qu’Arlette Laguiller a pourtant déclaré, cet été, “regarder avec sympathie” la tentative de la LCR, [que] regarder avec sympathie et participer, c’est différent. Quand Georges Brassens trouvait sympathiques les amoureux qui se bécotaient sur les bancs publics, il n’allait pas s’asseoir entre eux pour se mêler de leurs affaires de cœur ! » Eh oui, Girardot est un poète, alors nous ne manquerons pas de lui citer Brassens, dans le texte : « Quand la Saint’ famill’ machin croise sur son chemin deux de ces malappris, ell’ leur décoche hardiment des propos venimeux / N’empêch’ que tout’ la famille, le pèr’, la mèr’, la fille, le fils, le Saint-esprit voudraient bien de temps en temps pouvoir s’conduir’ comme eux »

Nous ne demandons pas aux camarades de LO de se mêler de nos histoires d’amour, pas plus que de se dissoudre, nous leur proposons simplement de ne pas aller, par dépit, dans les bras du PS ou du PCF. Nous souhaitons qu’ils se battent avec nous, dans des rapports démocratiques et transparents, pour construire des listes ouvertes et unitaires aux municipales, indépendantes du PS. Et, secondairement, s’ils le souhaitent, de discuter des moyens d’aller vers un « parti des travailleurs ». C’est ce que nous leur avons rappelé dans une lettre publiée sur le site Internet de la LCR.

Yvan Lemaitre

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