Résolution sur la situation politique et sociale adoptée par la DN de la LCR

Publié le par zuzu

La journée de grève et de manifestation du 18 octobre, la grève des cheminots et de la RATP pour la défense des régimes spéciaux et la journée des fonctionnaires du 20 novembre, le mouvement dans les universités et les lycées, intervenant six mois après l’élection de Sarkozy sont venus contester sa prétendue légitimité à mener les réformes contre les salariés et la population. Elles rompent avec le sentiment d’échec et d’impuissance qui prévalait après le 6 mai et changent les données pour les combats sociaux. Alors que de nouvelles attaques sont annoncées (contrats de travail, retraites, lycées pro…), elles sont un point d’appui pour préparer de nouvelles étapes de mobilisation vers un nécessaire mouvement d’ensemble. Cette situation doit nous aider à ancrer ainsi notre bataille pour un nouveau parti anticapitaliste au sein des luttes des travailleurs et de la jeunesse.

1 - Au lendemain de l’élection de Sarkozy, nous écrivions :

« La victoire de la droite dure est une victoire électorale. Il lui faut maintenant la transposer sur le terrain des rapports de force entre les classes, et c’est ce terrain qui sera décisif. »

Effectivement le gouvernement a mis à profit l’été pour commencer à appliquer son programme : défiscalisation et suppression des cotisations pour les heures supplémentaires, réforme fiscale au profit des plus riches, service minimum dans les transports, loi sur la récidive et les peines planchers, loi sur l’autonomie des universités, loi Hortefeu contre le regroupement familial.

Il a mis aussi en oeuvre, dès septembre, sa politique systématique de négociation de la régression sociale avec les organisations syndicales en multipliant les tables rondes, conférences tripartites et autres Grenelle. Il trouve l’assentiment des confédérations et, sur le Grenelle de l’environnement, des principales organisations écologistes.

Il a fait le choix d’attaquer très fort et très vite des secteurs qui se sont par le passé fortement mobilisés comme les cheminots. Son but était de leur infliger une défaite, de les isoler des autres salariés, de tabler sur un large soutien populaire permettant de mettre en oeuvre ces réformes sans crainte pour sa courbe de popularité et pour les prochaines élections.

Et en même temps le gouvernement a allumé des feux de tous les côtés : s’il a cédé sur le déconventionnement des médecins en fonction de l’installation après le mouvement des internes, il a été malmené par les pêcheurs avant de faire des concessions, il ne cède pas sur la réforme de

la carte judiciaire.

Sarkozy n’a pas convaincu de la légitimité de ses réformes, n’a pas réussi à isoler les cheminots ni à dresser l’opinion contre eux. Il a même réussi à dresser contre lui des catégories sociales peu enclines à manifester comme les jeunes internes en médecine ou les magistrats et avocats.

De ce point de vue, sa politique connaît un revers.

Sur le terrain des régimes spéciaux, si les grévistes ne sont pas défaits (en témoignent les possibles reprises de mouvement de grève), il reste que Sarkozy a imposé les points essentiels de sa réforme ce qui ouvre la porte à de nouvelles attaques sur la question des retraites pour tous les salariés..

Au sein du monde du travail, le mécontentement, voire l’exaspération monte. C’est ce dont témoignent les nombreuses luttes depuis le 18 octobre (hôtesses et stewards d’Air France, salariés du privé sur les salaires et les conditions de travail…). Dans le même temps, le gouvernement ne parvient pas à désamorcer les luttes des mal logés.

Très rapidement, moins de 6 mois après l’élection présidentielle, les mobilisations modifient favorablement le climat social et politique du pays et montrent qu’il est possible de s’opposer à la politique de Sarkozy. C’est un point d’appui pour la suite.

2 -

Dans un climat de mécontentement général, la journée du 18 octobre a marqué le début de la riposte, elle a rassemblé bien au-delà des salariés des régimes spéciaux des salariés du public et du privé. Alors que les directions confédérales refusaient la jonction, des équipes syndicales, des UL et UD ont appelé à la grève et aux manifestations. De très nombreux appels d’UL et d’UD (CGT, FO, Solidaires, FSU) reprennent des axes de revendications unifiantes (37.5 annuités pour tous par exemple) que les

dirigeants confédéraux se gardent bien de mettre en avant.

A partir du 14 novembre, c’est la grève reconductible des cheminots et agents de la RATP qui a marqué le climat social, posant concrètement la question de la convergence autour de la date du 20 novembre. Contre la volonté des directions confédérales de nombreuses équipes syndicales ont oeuvré à mobiliser dans les différents secteurs, à poser le problème de la grève reconductible, à (re)créer les liens interprofessionnels.

De fait le 20 novembre a été bien autre chose qu’une rituelle grève de fonctionnaires. Les manifestations ont été deux ou trois fois plus massives que le 18 octobre, alors même que les blocages confédéraux à l’extension interprofessionnelle public-privé ont été plus importants. C’est

la combativité des cheminots et de ceux de la RATP qui a permis de déjouer les plans des directions des confédérations syndicales en permettant la convergence des mobilisations le 20 novembre. De fait, la nécessité et la perspective d’un mouvement d’ensemble s’imposaient largement.

Dans le même temps, les grèves et blocages des universités se multipliaient malgré la répression policière, le mouvement s’étendait aux lycées. La mobilisation étudiante et des personnels montre la détermination à obtenir l’abrogation de la loi Pecresse en dépit de son acceptation par l’Unef et de son passage en catimini au coeur de l’été.

Elle manifeste la résistance de la jeunesse aux réformes libérales, sa volonté d’inscrire sa mobilisation dans un combat plus global en recherchant la jonction en particulier avec les cheminots, une politisation issue des combats précédents en particulier contre le CPE. Mais la mobilisation se heurte à des difficultés politiques très importantes avec un courant « autonome », fort opposé à toute structuration

et démocratie, qui l’affaiblit dangereusement.

Dans les grèves reconductibles, deux éléments extrêmement  positifs sont des points d’appui précieux pour l’avenir : l’expérience collective d’une nouvelle génération très combative et radicale et l’acquis de la maîtrise du mouvement par les AG souveraines. Cependant, l’auto organisation n’a pas été suffisamment avancée pour permettre la mise en place de comités de grève. A la SNCF,

les enjeux de la construction interne du mouvement dans un contexte difficile (préserver l’unité intersyndicale et inter catégorielle dans la reconduction de la grève) ne leur permettaient pas de s’investir pleinement dans la jonction interprofessionnelle.

L’extension interprofessionnelle demandait une plateforme revendicative commune, entre le privé et le public, permettant de dépasser la spécificité des régimes spéciaux.

Ce lien revendicatif interprofessionnel, insuffisant parce que les directions confédérales l’ont combattu, alors que des possibilités existaient et que des équipes militantes poussaient dans ce sens, n’a pas permis de dépasser les difficultés réelles de synchronisation.

Plus fondamentalement, la question reste posée, pour les grévistes de se donner les moyens pratiques de contester les syndicats comme seuls représentants des salariés au moment des négociations.

Si le lâchage de la CFDT est dans la continuité de sa politique, en particulier lors du mouvement de 2003, comme pour FO qui a accompagné le mouvement, la CGT a, elle, franchi une étape dans son souci de s’intégrer dans le dialogue social et la politique du diagnostic partagé en privilégiant la négociation contre la mobilisation avant même le début de la grève.

Fondamentalement, dans la CGT c’est un lourd approfondissement du bilan de 2003. Elle refuse d’engager une épreuve de force centrale contre les réformes libérales qui la mettrait en avant aux côtés de Solidaires et la FSU mais la couperait de son orientation « responsable ». Elle fait le choix de lever les ambiguïtés pour concurrencer directement la CFDT sur son propre terrain.

La question des 37,5 annuités est révélatrice sur ce plan. La direction confédérale n’argumente plus réellement, car elle ne se bat plus sur cette question.

La CGT refusant la défense des régimes spéciaux ne pouvait donner d’autre sens à la grève que l’obtention de contreparties à la mise en place des régimes spéciaux, ce qui justifiait d’ailleurs sa proposition de négociations secteur par secteur.

En se calant sur les positions syndicales du Cadre unitaire Fonction publique, la FSU a accepté le processus de désynchronisation du mécontentement.

Pour le gouvernement et le patronat l’enjeu est de modifier en profondeur les relations sociales, d’imposer la négociation, les agendas et diagnostics partagés comme méthode. Moins que d’affronter, l’objectif principal était d’étouffer, comme dans les conférences.

La CGT joue sa place d’interlocuteur central du patronat et du gouvernement. Pour cela, elle doit offrir des gages de sa capacité à imposer le calme social. C’est l’aboutissement d’un long processus, lié à son intégration à la CES.

La surprise est donc venue de la puissance d’une grève prolongée dont ne voulait aucune direction confédérale et qu’elles auront tout fait pour désamorcer (position de Chérèque, de la CGT à la veille de la grève, discussion parallèles CFTC et CGC,…). Elle est venue de la base, des salariés eux-mêmes, des jeunes en particulier, de leur capacité d’initiative.

C’est la grève elle-même qui transcrivait la réalité du rapport de force social, qui retranscrivait aussi une orientation syndicale et politique que les dirigeants confédéraux et réformistes étaient bien incapables de relayer.

De nombreux militants CGT ne se sont pas reconnus dans le discours de Thibault durant le mouvement…. Beaucoup ont fait le lien avec la position sur le TCE !

Ce mécontentement a été exprimé par de nombreuses équipes de la CGT lors des assemblées générales de cheminots ou à la RATP et par d’autres instances de la CGT.

Ces voix discordantes n’ont pas eu l’écho qu’elles auraient dû avoir par l’absence de coordination et de

volonté de manifester collectivement publiquement une orientation alternative.

Pour la première fois, dans un conflit central, à une échelle perceptible très largement par les syndiqués et les salariés, la CGT est apparue comme refusant l’épreuve de force et de fait portant une orientation d’accompagnement des réformes libérales soucieuse d’être l’interlocuteur privilégié du pouvoir. La CGT a laissé à SUD le rôle de la combativité et de la clarté revendicative. Il y a un décalage

énorme entre cette position globalement correcte et la réalité de Solidaires ou même de SUD Rail.

Ainsi, la question de la construction d’un courant lutte de classe est posée directement dans la CGT, elle est légitime aux yeux de bien des militants, des syndiqués, des travailleurs du rang. Cette construction s’inscrit nécessairement dans une démarche intersyndicale mettant au centre de ses préoccupations la démocratie ouvrière dans les mobilisations et les luttes, le contrôle et la direction du mouvement par les grévistes eux-mêmes.

3 -

Sarkozy a repris la main en voulant, une fois de plus, donner le change quant à sa volonté de défendre le pouvoir d’achat. En réalité, il va plus avant dans sa politique du « travailler plus pour gagner plus », c’est-à-dire travailler plus en courant après un mirage. Il liquide la loi sur les trente-cinq heures pour n’en retenir que les effets négatifs, intensification du travail, flexibilité. Monétisation des

RTT, travail le dimanche, autant de mesures qui concourent à la dégradation des conditions de travail et de vie. Et cela alors que patronat et organisations syndicales sont en train de négocier, si l’on peut dire, la fin du CDI. C’est la réforme II de Sarkozy, qui profite de l’impuissance d’une gauche gouvernementale tétanisée.
à suivre

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