Nouvelles luttes, nouveau parti

Publié le par zuzu

 

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Mouvement lycéen et enseignant contre la destruction de l’Éducation nationale, mobilisations des travailleurs sans papiers pour leur régularisation, grèves contre les licenciements ou pour les salaires, les luttes qui se mènent aujourd’hui dans un contexte difficile, malgré l’inertie des directions traditionnelles du mouvement syndical, montrent que Sarkozy n’a pas réussi, comme il en proclamait l’objectif lors de son élection, à « liquider une fois pour toutes », « l’héritage de Mai 68 ». À contre-courant de l’offensive orchestrée par le pouvoir et secondée par nombre d’anciens de Mai 68, qui ont rallié depuis le camp social qu’ils combattaient alors, la contestation de l’ordre établi, la conscience de la portée de la lutte collective, la légitimité de la grève ouvrière, le refus de la passivité et de l’indifférence, sont encore bien vivants.

D’après un sondage CSA réalisé pour Le Nouvel Obs, 74 % des personnes interrogées estiment que Mai 68 a eu un impact positif sur la société française. C’est une forme de reconnaissance, massive, du fait que les événements de Mai 68 et, en premier lieu, le formidable mouvement de la grève générale, ont été l’élément essentiel qui a permis de débloquer la société française, en inscrivant dans les rapports entre patrons et salariés, hommes et femmes, nombre d’acquis sociaux et démocratiques.

Seule une mobilisation de cette ampleur pourrait aujourd’hui mettre un coup d’arrêt à l’offensive menée par le patronat et le gouvernement pour annihiler les progrès arrachés par les luttes du passé, dont celles de la période de 1968. C’est pour aider à construire ce mouvement d’ensemble nécessaire du monde du travail et de la jeunesse que la LCR a été à l’initiative, depuis plusieurs mois maintenant, de la bataille pour un nouveau parti anticapitaliste. Cette bataille s’inscrit dans la continuité des idées de Mai 68, tout en voulant en dépasser les limites, les conséquences de la domination du réformisme social-démocrate et stalinien, alors ébranlé par la révolte étudiante et ouvrière, ce qu’on a appelé le gauchisme.

En 1968, le mouvement de contestation qui travaillait la société n’a pu déboucher sur un affrontement que parce que la jeunesse étudiante et ouvrière, emmenée par cette génération militante qui s’était engagée contre les guerres coloniales, avait ouvert une brèche dans l’immobilisme d’un mouvement ouvrier, certes beaucoup plus puissant qu’aujourd’hui, mais dominé par les organisations staliniennes, le PCF et la CGT. Celles-ci, qui n’avaient appelé à la journée du 13 mai que parce qu’elles craignaient d’être débordées dans la classe ouvrière, comme elles l’avaient été dans le mouvement étudiant, ont tout fait pour empêcher l’organisation démocratique des travailleurs en lutte, leur jonction avec les étudiants ou les militants révolutionnaires, pour arrêter ensuite la grève générale dès qu’elles l’ont pu. C’est ce qui explique que les résultats du mouvement, même s’ils ont été importants, n’ont pas été à la hauteur de ses possibilités.

C’est ce qui explique aussi que la nouvelle génération militante, issue en grande partie des milieux étudiants et donc, à l’époque, de la bourgeoisie ou de la petite bourgeoisie, n’ait pas pu, ni su, trouver le contact, derrière des militants dressés par leur direction contre les « gauchistes » et les « fils à papa », avec les masses ouvrières. Privée de ces liens qui auraient pu mettre l’héritage théorique dont elle se réclamait à l’épreuve de la réalité des faits, l’extrême gauche a eu tendance à se diviser en chapelles dont chacune, pour justifier son existence séparée, a érigé des spécificités en autant de barrières.

C’est pourquoi, également, le principal bénéficiaire de Mai 68, a été le Parti socialiste, pourtant complètement discrédité à cause du rôle écœurant qu’il avait joué dans la conduite des guerres d’Indochine et d’Algérie. L’artisan essentiel de cette remise en selle, fut le Parti communiste, qui permit à Mitterrand, l’ancien ministre de l’Intérieur de 1954, de devenir le chef de file de l’Union de la gauche.

Mais c’est aussi Mai 68 et l’extrême gauche qui ont permis que les idées révolutionnaires reprennent vie. Dans un contexte bien différent d’aujourd’hui, alors que la société dans les pays impérialistes vivait les dernières années de l’expansion économique d’après-guerre et qu’il était encore possible de croire que les jeunes générations auraient un avenir meilleur que leurs parents. C’est sur cette réalité, sur le fond très éphémère – quelques années –, qu’étaient fondées les illusions réformistes qui ont nourri les espoirs investis dans l’Union de la gauche.

Lorsque celle-ci, arrivée au pouvoir en 1981, est devenue le maître d’œuvre de la contre-offensive de la bourgeoisie qui a mis à profit la crise économique pour relever le taux de profit, les illusions ont peu à peu cédé la place à la démoralisation, entraînant la désaffection qu’on connaît aujourd’hui dans les organisations ouvrières politiques et syndicales. L’aboutissement en a été, après la restauration du capitalisme dans l’ex-URSS et la disparition du bloc dit « socialiste », une adaptation complète du Parti socialiste à la mondialisation libérale et, parce qu’il ne s’est pas résolu à rompre avec le PS, un effondrement du Parti communiste.

Aujourd’hui, c’est à partir, pour une part, des acquis du mouvement ouvrier et de la faillite du réformisme qu’il faut reconstruire. Le manque de liens, le manque de culture politique rendent cette tâche difficile et imposent que se regroupent toutes celles et tous ceux qui n’ont pas abdiqué de la lutte et de la volonté de transformer le monde, et ils sont nombreux. Comme sont nombreux également les jeunes qui ont fait ou font leurs premières armes dans les luttes lycéennes, étudiantes, ouvrières, qui aspirent à construire un autre avenir alors que le système capitaliste révèle de manière dramatique sa faillite à travers ses crises, le chômage permanent, la guerre, les famines, le désastre écologique.

Oui, il est temps de prendre parti, pour mener les combats qui permettront d’adapter la société aux possibilités nées des progrès scientifiques et techniques, pour la débarrasser du carcan de la propriété privée capitaliste qui permet à une poignée d’individus de s’approprier le travail de milliards de femmes et d’hommes, pour la rendre vraiment humaine.

 

 

 

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