Non au racket

Publié le par zuzu

Les compagnies pétrolières, les sociétés de finance et l’État sont les grands bénéficiaires de la hausse des prix du pétrole et des carburants.

 

 

Pour les marins-pêcheurs, c’est une catastrophe. Mais, pour tous ceux qui sont obligés de prendre leur voiture, ne serait-ce que pour aller travailler, c’est une ponction insupportable sur un pouvoir d’achat déjà lourdement entamé par l’augmentation de toutes les autres dépenses contraintes, loyer, denrées alimentaires, gaz et électricité, etc.

On nous explique que la hausse du pétrole brut, dont le prix – environ 127 dollars le baril aujourd’hui – a doublé en un an, serait due avant tout à l’insuffisance de l’offre, alors que la demande ne cesse d’augmenter du fait de l’industrialisation des pays émergents. Est souvent accusée la Chine, dont la consommation est passée de 4,9 % de la demande mondiale en 1995 à 9 % actuellement, mais on oublie de dire que les États-Unis, dont la population est quatre fois moins nombreuse, consomment, à eux seuls, 21 % de la production mondiale.

Alors, certes, le fait est établi, la consommation mondiale a augmenté et les réserves de pétrole, source d’énergie non renouvelable, sont limitées, condamnées à s’épuiser. Sauf que nous n’en sommes pas encore là et que l’insuffisance de l’offre tient surtout au fait que les compagnies pétrolières ne jugent pas assez rentable l’exploitation de nouveaux gisements tant que les prix ne leur assurent pas des profits assez juteux.

On minimise également le rôle de la spéculation, en expliquant qu’elle ne ferait qu’accentuer la tendance à l’augmentation des prix du fait de la raréfaction des ressources. Pourtant, ce sont bien les fonds de pension et autres détenteurs de capitaux qui ont fait monter de façon vertigineuse, ces derniers mois, les cours du pétrole, comme ceux des matières premières agricoles, depuis que la crise financière a compromis la rentabilité de leurs capitaux sur des secteurs plus classiques.

Pour les compagnies pétrolières, cette hausse du brut est un véritable pactole. Au cours des trois dernières années, les cinq majors (Exxon Mobil, BP, Royal Dutsch Shell, Total, Chevron) ont distribué plus de 150 milliards de dollars à leurs actionnaires, sous la forme de dividendes et de rachat d’actions. Quant au trust français Total, qui avait réalisé 13,2 milliards d’euros de bénéfices l’an dernier, il en annonce déjà, pour le seul premier trimestre 2008, 3,25 milliards. Des profits d’autant plus élevés que le pétrole brut payé en dollars lui revient beaucoup moins cher en euros, au cours actuel de la monnaie européenne (1 euro = 1,5 dollar).

Le gouvernement, qui a annoncé des mesures dérisoires de soutien aux professions les plus touchées, se garde bien de faire la lumière sur les rentrées considérables que la hausse des carburants assure à l’Etat. La taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) lui rapporte 61 centimes par litre de sans-plomb 95, et 42 centimes sur celui de gazole. Il faut ajouter à ce pactole les rentrées assurées par la TVA, 19,6 % du prix des carburants. Des taxes particulièrement injustes parce que, impôts indirects, elles font payer de la même façon un Rmiste et un millionnaire.

Tout est fait pour masquer la responsabilité des trusts pétroliers, de la finance et des États, y compris une utilisation cynique de l’argument écologique, alors que les uns comme les autres ne font rien pour développer les transports en commun, limiter l’usage des transports routiers ou encore travailler à la recherche et à la mise en œuvre d’énergies non polluantes.

La seule manière de faire cesser ce racket dont est victime la partie plus pauvre de la population, c’est la suppression des taxes indirectes, la fixation légale du prix des marchandises, le contrôle des compagnies pétrolières. Toutes choses qu’il serait illusoire d’attendre du gouvernement à la tête d’un État qui a toujours servi, en utilisant les pires méthodes de barbouzes, les intérêts de Total. Seule la population est à même d’imposer de telles mesures de contrôle comme celles aussi, qu’il est urgent d’envisager, qui permettraient de réduire l’utilisation des énergies les plus polluantes.

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