Désunion, confusion, colère

Publié le par zuzu

 

Face aux provocations gouvernementales, les mobilisations du 17 juin sont très loin d’être à la hauteur. La confusion bloque les possibilités de contre-offensive sociale.

Illustration manquante

 

« Un socle solide de mobilisation », dit la CGT au soir du 17 juin, tout en reconnaissant qu’avec 500 000 personnes, l’objectif du « million » annoncé par Bernard Thibault n’est donc pas atteint. Un socle solide ? Le mot est sans doute trop fort. Nos correspondants décrivent une « ambiance morose » (Limoges), « triste » (Guéret), « désabusée et peu active » (Auch), « peu motivée » (Reims). À Paris, le cortège désorganisé n’avait pas de dynamique collective, sauf aux abords immédiats des camions sonos. Partout ou presque, les cortèges étaient moitié moins nombreux que le 22 mai, voire « cinq fois moins » (Valenciennes). La CGT fait état d’une « majorité de salariés du privé » qui ne correspond pas à la réalité, même si le nombre des arrêts de travail a augmenté depuis le 22 mai. À Strasbourg, le cortège était emmené par des salariés des brasseries Fischer et Heineken, menacés de licenciements. À Paris, les banderoles du secteur privé CGT restaient isolées : quelques dizaines de personnes derrière celles de Renault-Flins ou de Citroën-Aulnay, mais aussi du commerce (débrayage significatif à Monoprix). Au Havre, on retrouve les mobilisations portuaires, et à Valenciennes, 60 % de métallurgistes. Mais à Caen, « on ne retrouve pas la participation du privé du 22 mai » (petites boîtes).

L’élément réellement nouveau est évidemment la visibilité CFDT, oubliée depuis longtemps (1995). À Paris, la mobilisation CFDT (environ 10 000) était animée (« Oui aux 35 h, non aux 60 h », « Sarko, si tu savais, tes heures sup’ où on se les met »). Les cortèges très féminisés, structurés par fédérations professionnelles (banques, métallurgie, services) mélangeaient les entreprises, certainement pour beaucoup du secteur privé. Des militants de la CFDT (transport) expliquent :« Il y a vingt ans, à la CFDT, nous avons fait un tournant par rapport à Mai 68. Nous avons opté pour la négociation. Mais cela suppose des relations de confiance. Or, avec Sarkozy, c’est fini. Donc nous sommes dans la rue. » Et d’ajouter : « Il y a trop de syndicats. »

Et les suites ? François Chérèque parle de « rupture » et explique que, dans « aucun pays d’Europe », on ne pratique comme Sarkozy le fait accompli. Bernard Thibault décrit un « changement de situation » dans les rapports au gouvernement, annonce « une rentrée en fanfare » (avec une date européenne le 7 octobre sur le « travail décent ») et, en juillet, des « initiatives » en direction des parlementaires. Maryse Dumas (CGT) pratique la méthode Coué dans l’Humanité du 17 juin, comparant la mobilisation actuelle avec celle qui a mené au retrait du CPE : « Même votées, les lois peuvent être défaites. Il n’est jamais trop tard. » Certes, mais a-t-on le droit de sous-estimer son adversaire au point de dire que « nous ne sommes pas impressionnés par l’intransigeance du gouvernement. En général, ceux qui sont sûrs d’eux acceptent de négocier » ? En général, au contraire, les patrons et la droite ne négocient que si le rapport de force les y oblige.

Mais trop de confusion règne actuellement dans le syndicalisme – le 16 juin, CFTC et FO appelaient à la grève en septembre ! –, pour que les salariés repèrent une ligne de conduite gagnante et se sentent en confiance, malgré leur colère. Trop de journées éclatées, sans doute. Mais, surtout, aucun plan de résistance ferme et durable, ce qui permet à la droite de réaliser des manœuvres d’instrumentalisation.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article