Ils ruinent la société

Publié le par zuzu

Alors que la crise économique connaît un nouvel approfon­dis­sement, les classes dirigeantes cherchent à en masquer l’ampleur et, surtout, leur responsabilité.

« Exagérément pessimistes. » Tel est le commentaire de la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, à propos des dernières prévisions de l’Insee sur la croissance française pour 2008. Celle-ci s’établirait à 1,6 %, alors que le gouvernement tablait encore récemment sur 2 %. Au-delà du mensonge, de la volonté de masquer la gravité de la situation, il y a dans ces mots tout le mépris du monde de la finance pour les victimes de sa propre crise.

Ce ralentissement économique est le produit des réactions en chaîne – hausse des prix des matières premières, du pétrole, crises bancaire et monétaire –, entraînées pour l’essentiel par la crise des subprimes, démarrée il y a un an aux États-Unis. On nous avait dit celle-ci maîtrisée, voilà qu’elle rebondit avec l’annonce de nouvelles pertes dans le système bancaire et, la semaine dernière, la chute du cours des actions sur la plupart des marchés financiers de la planète. La baisse sur les places boursières atteint, depuis le mois de janvier, 59 % au Viêt-nam, 44 % à Shanghai, 38 % en Inde, 30 % en Turquie, 20 % en France, 22 % pour l’indice européen DJ Euro Stoxx et 10 % aux États-Unis.

Cela fait près d’un an que les banques centrales des États-Unis et de l’Union européenne s’emploient à injecter des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars ou d’euros dans le système financier, afin d’éviter qu’il ne s’effondre – 95 milliards d’euros, par exemple, par la seule Banque centrale européenne (BCE), en août dernier – et la Réserve fédérale américaine a baissé en quelques mois son taux directeur – qui détermine le loyer de l’argent – de 5,25 % à 2 %. Cette injection massive d’argent public dans les circuits financiers revient, en fait, à socialiser les pertes, à les faire payer par l’ensemble des populations.

Elle a pu un temps colmater les brèches mais, ce faisant, elle n’a fait qu’alimenter la fuite en avant spéculative, alors même que les pertes dues à la crise de l’immobilier aux États-Unis sont loin, non seulement d’être épongées, mais même d’être seulement connues avec précision. La Conférence des maires des villes des États-Unis prévoit pour 2008 la saisie de 2,2 millions maisons ou appartements et une chute de la valeur des logements urbains de 1 460 milliards de dollars. Une telle dépréciation représente une baisse de 6 % des revenus des ménages dont la consommation est le principal moteur de l’économie américaine (71,5 % du PIB).

Les estimations des pertes entraînées par la crise de l’immobilier vont de 350 milliards de dollars à 1 300 milliards, le FMI les ayant pour sa part chiffrées à 945 milliards en avril dernier. Les banques n’ont pas fini d’annoncer ces pertes, avec tout dernièrement celles de la Deutsche Bank (5 milliards d’euros), de la Royal Bank of Scotland (7,5 milliards), de Citigroup (15 milliards) et de banques d’affaires de Wall Street, comme Lehman Brothers, Merill Lynch ou Morgan Stanley. Le secteur a déjà annoncé ou effectué le licenciement de 83 000 employés, dont 60 000 aux États-Unis. Le resserrement du crédit, qui découle d’une méfiance généralisée à l’égard du système financier, menace d’étouffement toute l’économie. États, gouvernements, institutions financières et monétaires sont impuissants. Leur seule préoccupation est de faire payer cette crise aux travailleurs et aux peuples, tout en essayant d’éviter les explosions sociales.

Par-delà les formes particulières qu’elle peut revêtir, la crise est le résultat des contradictions du système capitaliste, de celle en particulier qui fait se heurter une production toujours plus socialisée, internationalisée, étendue et intensive à la propriété privée des moyens de production et, par suite, au marché et à ses limites, c’est-à-dire l’insuffisance de la demande solvable.

La seule issue pour les populations réside dans leur conscience de l’incurie et du parasitisme des classes possédantes, de leur droit à lutter pour la satisfaction de leurs besoins, de leur légitimité à prendre elles-mêmes le contrôle de l’économie.
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