interview d'Olivier Besancenot dans "l'express"

Publié le par zuzu

 

 

Besancenot : ’’Etre élu ne sera jamais pour moi un métier’’

 

L’Express. Propos recueillis par, François Koch, Eric Mandonnet, publié le

26/11/2008 15:47 - mis à jour le 26/11/2008 18:29.

A 34 ans, il a déjà été deux fois candidat à l’élection présidentielle. Il

apparaît, dans certaines enquêtes, comme le meilleur opposant à Nicolas

Sarkozy. Au moment où le Parti socialiste change de tête, Olivier Besancenot

ne voit venir aucun changement de ce côté. Lui-même lancera, en janvier

2009, un Nouveau Parti anticapitaliste. A deux mois de son congrès fondateur,

il explique sa stratégie. Evoque ses propositions pour juguler la crise financière.

Et dévoile un regret personnel.

L’imbroglio socialiste peut-il déboucher sur une nouvelle donne à gauche ?

Je ne connais pas personnellement les dirigeants socialistes. Ce que je s

ais, c’est que Martine Aubry était d’accord avec Ségolène Royal pour

voter oui au traité constitutionnel européen en 2005. Tous les candidats à l

a direction du PS, qui s’entre-tuaient pour des affaires de pouvoir,

étaient d’accord sur un point : leur vraie motion de synthèse, c’est leur déclaration

de principes, qui acte la social-libéralisation du parti. Le test, ce sera de voir

si elle vient, avec Marie-George Buffet, avec Arlette Laguiller, avec quelqu’un des

Verts, soutenir les salariés de l’automobile. A Sandouville, à Cléon ou ailleurs...

Selon un sondage récent d’OpinionWay, 76 % des sympathisants du PS et

90 % de ceux qui disent vouloir voter pour vous à la prochaine présidentielle

souhaitent que vous participiez à un gouvernement de gauche, en cas de victoire

en 2012. Leur dites-vous : jamais ?

Si le PS était au pouvoir, face à la crise actuelle, il renflouerait à coups de

deniers publics les banques. Pas nous. La clef de notre succès, c’est notre

indépendance, la réconciliation entre ce que l’on dit et ce que l’on fait. Ceux

qui, dans cette gauche, veulent faire pression de l’intérieur ne réussiront pas à

faire aujourd’hui ou demain ce qu’ils tentent de faire, en vain, depuis trente

ans. La seule différence, désormais, c’est que François Bayrou est dans les

bagages. Nous, nous défendons une autre orientation que celle du PS :

augmentation de 300 euros net pour tous, interdiction des licenciements,

un service public bancaire...

Si cela ne dépendait que de vous, comment réorganiseriez-vous le secteur bancaire ?

Plutôt que de nationaliser les banques privées, nous proposons d’unifier toutes

les banques, publiques et privées, en un seul service bancaire, qui aurait donc le

monopole du crédit. Il serait placé non pas sous le contrôle du gouvernement -

nous ne voulons pas remplacer un patron privé par un patron qui s’appelle l’Etat -

mais sous celui des salariés et des consommateurs. Cela suppose d’ôter le pouvoir

exorbitant qu’ont les banquiers sur l’économie et de contrôler les circuits de capitaux

au sein du système bancaire. C’est pourquoi nous réclamons la levée des secrets

bancaire, commercial, industriel, pour savoir où va l’argent ; c’est pourquoi nous

sommes pour la fin de l’indépendance de la Banque centrale européenne. Cette

proposition, nous la faisons à l’échelle européenne.

En quoi, dans la crise financière, Nicolas Sarkozy fait-il preuve de l’ultralibéralisme

dont vous l’accusez habituellement ?

On a voulu nous faire croire qu’il avait tenu des propos supergauchistes, mais il

reste dans le droit-fil des gouvernements libéraux ! Nicolas Sarkozy veut que les

pouvoirs publics servent de bouche-trou au service des banquiers. Nous sommes

non pas pour renflouer ceux-ci, mais pour venir en aide aux victimes de la crise.

Sarkozy parle de crise du capitalisme financier. Or il n’y a pas, d’un côté, le gentil

capitalisme industriel et, de l’autre, le méchant capitalisme financier. Pour

nous, la financiarisation de l’économie est une maladie congénitale de l’économie

de marché. Elle a une histoire inextricable de celle du capitalisme industriel,

puisque le carburant du système est le profit. La seule régulation qui vaille est de

mettre fin à l’économie de marché.

Vous vous définissez, pour le moment, par la négative : c’est le Nouveau Parti

anticapitaliste (NPA). Quels mots décriraient de manière positive votre modèle de

société ?

Socialisme du XXIe siècle, écosocialisme, autogestion libertaire, communisme

démocratique : ce pourrait être l’une de ces appellations, mais la dénomination

du parti ne doit pas nous diviser, puisque nous avons des origines diverses.

"Anticapitalisme", c’est peut-être négatif, mais cela a le mérite d’être clair.

Certains de ces mots, il faut le reconnaître, sont marqués par l’Histoire et nous

renvoient à un bilan. Nous ne voulons pas avoir les yeux tournés vers le passé.

Il s’agit non pas d’oublier le clivage entre réforme et révolution, mais d’ouvrir

une nouvelle période, avec un nouveau parti et un nouveau programme. Nous

travaillons à la refondation programmatique d’un socialisme du XXIe siècle.

Qu’est-ce que le NPA conservera de trotskiste ?

Le meilleur ! Nous, les trotskistes, avons un héritage politique - comme les libertaires,

d’ailleurs - qui nous permet d’éviter la professionnalisation de la politique. Nous

conserverons aussi l’internationalisme en tant que socle de notre projet, au sens

de la volonté de construire un regroupement au-delà des frontières. Mais nous ne

serons pas la section française de la IVe Internationale, même si le NPA doit avoir

des relations avec elle.

Que faites-vous pour éviter d’être l’allié objectif de Nicolas Sarkozy ?

Rien de plus que ce que nous faisons au quotidien. Depuis plusieurs mois,

nos combats contre Sarkozy valent à nos militants d’être traînés devant les

tribunaux, mis à pied, licenciés ; ils subissent des pressions dans des entreprises

du privé comme du public. C’est valable pour La Poste également. Résister à

la politique de Sarkozy a un prix - supérieur à ce qu’il était avec le président précédent.

Au lendemain de l’élection présidentielle américaine, vous avez salué une "victoire

symbolique majeure contre le racisme", mais appelé d’ores et déjà, deux mois

avant son entrée en fonctions, à la "résistance face à la politique que Barack Obama

va mettre en oeuvre". Sa seule qualité est-elle d’être noir ?

Ce serait sectaire de ne pas se réjouir de la claque prise par les républicains, sectaire

de ne pas comprendre qu’avec l’élection d’un président noir, c’est une page de l’Histoire

qui se tourne, même symbolique. Mais nous ne nous faisons aucune illusion sur le

programme du Parti démocrate. Les deux partis, démocrate et républicain, ont

approuvé, par exemple, le plan Paulson.

Vous n’avez jamais détenu un mandat électif. Avez-vous envie de siéger

au Parlement européen, après les élections de juin, au risque de devenir un homme

politique comme un autre ?

Ce n’est pas un risque d’avoir des élus. Ce serait une opportunité, pour le NPA, de

relayer les luttes sociales. Quand nous avons eu des élus au Parlement européen,

ils n’étaient pas des politiciens professionnels comme les autres, reversant, par

exemple, au parti leur surplus de rémunération par rapport à leurs gains dans le civil.

En ce qui me concerne, la question n’a pas encore été débattue. Si je dois être tête de

liste, ce sera en Ile-de-France. Mais être élu ne sera jamais pour moi un métier. Je ne

place pas au même niveau un mandat et une activité professionnelle.

Pourquoi récusez-vous le "front de gauche" que Jean-Luc Mélenchon appelle de ses

voeux pour les européennes ?

Nous discuterons avec lui. Sa démarche va dans le bon sens et confirme notre analyse

selon laquelle le PS n’est pas redressable. Nous discuterons des campagnes que nous

pouvons faire ensemble. Cela dit, nous ne voulons pas, nous, faire pression sur

le PS de l’extérieur. Mélenchon veut faire un ancien vrai Parti socialiste. Notre objectif

consiste non pas à refaire la gauche, mais à construire une autre gauche.

Comment expliquez-vous le développement actuel de l’ultra-gauche ?

Il y a une radicalisation de certains mouvements de la jeunesse, donc, peut-être,

une ultragauche un peu plus forte qu’avant. Ce ne sont pas nos méthodes. Si

ces saboteurs étaient suivis, surveillés par la police, pourquoi ne les a-t-on pas arrêtés

avant ? Je me demande à qui profite le crime. Sûrement pas aux cheminots grévistes,

ni aux syndicats de la SNCF, ni à la gauche anticapitaliste. Nous luttons contre

les vrais saboteurs des trains : le libéralisme et les politiques européennes.

Etes-vous satisfait du travail de la justice dans l’affaire Taser ? Le parquet de Paris

n’a pas retenu l’"atteinte à l’intimité de la vie privée" dont vous accusiez

cette société distributrice du pistolet à impulsion électrique.

C’est extrêmement regrettable. Si me mettre sous surveillance, me pister,

photographier ma compagne et mon enfant et faire une fiche sur la mère de ma c

ompagne, ce n’est pas de l’atteinte à la vie privée... On ne lâchera pas l’affaire.

Les coups d’intimidation, ça ne marchera pas ! Je ne sombrerai pas dans la paranoïa !

Ce n’est pas mon genre...

Dans L’Express du 2 octobre 2008, vous indiquiez, à propos de Jean-Marc Rouillan,

qu’il avait "purgé sa peine de prison. Et même plus". Or il était en semi-liberté.

Ce que vous dites est donc juridiquement faux...

Je ne suis ni l’avocat ni le juge d’application des peines de Jean-Marc Rouillan.

Il a effectué sa peine incompressible, avec dix ans d’isolement. Il n’est pas

écrit dans la loi qu’il faille demander pardon pour sortir de prison. Il ne peut pas

y avoir deux poids, deux mesures dans la justice de ce pays. Maurice Papon,

haut cadre des partis gaullistes, a été condamné, pour complicité de crimes contre

l’humanité, pour avoir fait déporter 1 600 juifs de Bordeaux à Drancy [en fait, Papon

a été jugé pour 72 victimes par les assises], à dix ans de prison et n’en a effectué

que trois. Il est sorti pour raisons de santé, ce qui n’a jamais été accordé à aucun

prisonnier d’Action directe [Joëlle Aubron a été libérée en juin 2004 pour raisons

de santé]. Selon moi, cette différence de traitement a une cause politique.

Une autre phrase a heurté : "Françoise Besse a des comptes à régler avec Action

directe." La regrettez-vous ?

Je regrette que certains cherchent à m’impliquer dans l’affaire d’Action directe,

soit par le biais du passé, soit par le biais du présent, alors que l’organisation

à laquelle j’appartiens a toujours dénoncé les méthodes d’Action directe. Je ne

veux pas, par de nouvelles déclarations, faire rebondir cette affaire.

Si vous deviez reconnaître une qualité, une seule, à Nicolas Sarkozy, laquelle serait-ce ?

Il défend de façon extrêmement tenace et cohérente les intérêts de sa classe.

Une erreur que vous avez commise depuis que vous faites de la politique ?

Je n’ai pas suffisamment anticipé les risques de personnalisation depuis

ma première candidature à l’élection présidentielle, en 2002. Cette personnalisation

crée des illusions. Or je ne fais pas de la politique pour être le nouveau leader

d’une nouvelle gauche. Ce n’est pas impossible de rattraper le coup, mais nous a

vons pris du retard - moi, en particulier. Il faut faire en sorte que je ne sois plus

le seul porte-parole visible.

Quel est le responsable politique dans le monde qu’aujourd’hui vous respectez le plus ?

Parce qu’il est resté fidèle, et bien que je ne sois pas sûr que ce soit, à proprement

parler, un responsable politique, le sous-commandant Marcos, chef de file de l’EZLN

[Armée zapatiste de libération nationale, groupe révolutionnaire et altermondialiste

du Chiapas, au Mexique].

Au cours d’un récent entretien, vous citiez Coluche : "La moitié des hommes politiques

sont des bons à rien ; l’autre moitié sont prêts à tout." Est-ce ce que vous pensez vraiment ?

Oui, je le pense. Si Coluche avait été de ce monde, je n’aurais jamais été candidat à

l’élection présidentielle. J’aurais voté pour lui.

Vous adorez le football. Quel est votre joueur préféré ?

Je suis un fan de Franck Ribéry.

Votre dernier coup de coeur culturel ?

Le film La Chambre des morts, d’Alfred Lot, tiré d’un polar de Franck Thilliez.

Le meilleur policier que j’aie vu depuis Ne le dis à personne, de Guillaume Canet.


 

2008-11-26 20:47:16

 


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