Dans la tourmente

Publié le par zuzu


Un malaise sourd s’est emparé du dispositif gouvernemental. D’esquisse de recul sur la contre-réforme du lycée en fronde larvée des parlementaires de l’UMP, l’omniprésident et son gouvernement doivent naviguer à vue.

Saint-Lô (Manche), lundi 12 janvier 2009. Plus de 5 000 manifestants ont protesté contre la politique de Sarkozy, venu présenter ses vœux au monde éducatif. Photothèque Rouge/Franck Houlgatte

Saint-Lô (Manche), lundi 12 janvier 2009. Plus de 5 000 manifestants ont protesté contre la politique de Sarkozy, venu présenter ses vœux au monde éducatif...

Rien ne va plus… Nicolas Sarkozy pensait pouvoir aborder l’an neuf, auréolé de ses gesticulations à la présidence de l’Union européenne et de ses propos martiaux de l’automne sur la « moralisation » du capitalisme. Les sondages marquaient même la relative remontée d’une popularité tombée au plus bas six mois à peine après son élection, lorsque les illusions de sa campagne s’étaient dissipées à la chaleur du projet brutalement antisocial effectivement mis en œuvre. Las ! La nouvelle Grande Dépression capitaliste a brutalement rouverte la crise sociale révélée avec la grève des cheminots de l’automne 2007.

Les déclarations lénifiantes du président de la République sur le retour à des mécanismes de régulation du système n’ont pas résisté à la pression des classes possédantes pour sortir de la crise sur le dos des travailleurs. Résultat, alors qu’outre-Manche, Gordon Brown opère un début de rupture avec la pratique blairiste antérieure, la France se caractérise par l’une des orientations les plus classiquement libérales du monde occidental. Le plan de relance en porte la marque, à la fois par sa modestie (il va moins loin que les préconisations du Fonds monétaire international, c’est dire !), par son unique souci de renflouer les banques ou les secteurs industriels percutés par la crise, et par sa totale fermeture aux questions de pouvoir d’achat qui assaillent le plus grand nombre. Giscard d’Estaing vient d’ailleurs de s’en féliciter, dans Le Monde du 13 janvier : « Il y a eu un grand retour de l’État en Grande-Bretagne, mais pas en France. Et c’est très bien comme cela… »

Sauf qu’un tel choix est de nature à placer le pays au bord de l’explosion. La colère populaire s’exprime de toutes parts, de la multiplication des conflits sur l’emploi et les salaires dans le secteur privé à la déferlante lycéenne qui pointe depuis décembre et, plus généralement, au mécontentement dans l’Éducation nationale. L’Élysée le sait, ainsi que le prouvent les remarques de son locataire sur le risque d’un « affrontement social », et il s’efforce de déminer les théâtres d’affrontement à partir desquels pourrait se cristalliser une confrontation majeure. Ce que traduit le report d’une année de la contre-réforme du lycée.

En retour, jusqu’à droite, la légitimité du pouvoir se voit de nouveau affaiblie. Redoutant que le mécontentement ne se traduise dans les urnes (le souvenir de la déculottée des municipales et cantonales est encore cuisant), les parlementaires UMP multiplient les signes de défiance. D’autant qu’une fraction de la base sociale la plus fidèle de la majorité se sent à son tour déstabilisée par la politique gouvernementale. Le report de l’examen de la loi sur le travail dominical à l’Assemblée nationale doit, par exemple, à l’action conjuguée du lobby catholique et d’un petit commerce s’estimant lésé par une disposition avantageant la grande distribution. Désormais, pour chaque dossier, de la contre-réforme de l’audiovisuel à la suppression des juges d’instruction, le malaise se manifeste.

Sarkozy navigue donc à vue. Il contrebalance ses reculs en réitérant sa volonté de poursuivre son offensive (y compris à propos de l’école), en intensifiant ses attaques contre les services publics, ou en jetant en pâture ses « réussites » en matière d’expulsion de sans-papiers aux secteurs les plus réactionnaires de son camp. De même, anticipe-t-il les difficultés à venir en reprenant en main l’appareil de l’UMP (c’est le sens de l’arrivée de Xavier Bertrand à sa tête), en réaffirmant son autorité institutionnelle (le souci de s’assujettir encore plus étroitement le législatif est au cœur de la révision en cours des procédures parlementaires, laquelle est loin de ne viser que « l’obstruction » des députés socialistes…), ou en accentuant son emprise sur la justice et les médias. Il n’empêche, sa force lui vient d’abord des faiblesses de ses adversaires.
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