Chaque 1er juillet, les traditionnelles revalorisations et augmentations sont dévoilées. Cette année encore, pour les salariés et les chômeurs, ce sera « régime sec ».
Pour la troisième année consécutive, le gouvernement «du pouvoir d'achat» a confirmé qu'il ne donnerait pas de «coup de pouce» au Smic. La revalorisation du salaire minimum, au 1er juillet prochain, sera donc limitée au minimum légal (1,3%). Bref, les 3,5 millions de smicards verront leur taux horaire passer de 8,71 euros brut à 8,82 euros, et leur salaire mensuel (pour 35 heures) atteindra 1051 euros net (13,47 euros net de plus par mois).
Pour le gouvernement, qui n'a peur de rien, cette revalorisation est satisfaisante et permettra de lutter contre le chômage, puisque pour Brice Hortefeux, ancien ministre du travail: «Il vaut mieux une vraie revalorisation qu'un faux coup de pouce, qui aurait un effet boomerang sur l'emploi et sur les plus défavorisés, et remettrait en cause l'emploi, notamment dans les petites entreprises.» Les chômeurs indemnisés, qui sont actuellement 2 millions et dont la moitié touche moins de 946 euros par mois, tandis que trois chômeurs sur dix n'ont aucune couverture sociale, connaîtront le même sort avec une revalorisation a minima de 1%. Quant à la grande majorité des salariés, elle ne connaîtra qu'une très faible, voire aucune, augmentation de salaire, pour cause «de crise», ou pourra être licenciée comme les 108 salariés de l'entreprise Osram, qui ont refusé de baisser leurs salaires…
Dans le même temps, l'ensemble de la population va connaître des augmentations. Celles d'EDF (entre 2 et 3%), de la SNCF (3,4%), de la RATP (2%), qui s'ajouteront à celles des prix de l'alimentation, des loyers, du pétrole… Ces augmentations sont d'autant plus inadmissibles que le fameux grand plan de relance de Sarkozy (26 milliards d'euros) prévoyait, notamment, 4 milliards d'investissements supplémentaires dans les entreprises publiques (EDF, GDF, La Poste, la RATP et la SNCF), dont 2,5 milliards… pour la seule EDF, 300 millions pour la SNCF et 200 millions pour GDF-Suez qui, elle, laisse ses tarifs inchangés malgré la baisse des prix du pétrole, alors qu'une baisse des tarifs du gaz à partir d'avril avait été annoncée !
On le voit de plus en plus chaque jour, le prix de «la crise» et de «la relance», ce sont d'abord les salariés, les
précaires, les chômeurs, les retraités qui la payent et, au lieu de vivre, survivent. Il est urgent de changer la donne. Pour cela, il faut prendre sur les profits qui, malgré ce qu'on veut
nous faire croire, existent encore. Il faut d'urgence rattraper les pertes de pouvoir d'achat accumulées depuis des années, en augmentant de 300 euros net les salaires, les retraites et les
minima sociaux, ainsi que garantir les moyens de vivre correctement pour tous et toutes, avec au minimum 1500 euros net par mois. Mais aussi augmenter les salaires et les cotisations sociales,
et en finir avec les exonérations, pour augmenter la protection sociale, les retraites, l'assurance-chômage… Mais, pour obtenir cela, il faut riposter en nombre et tous ensemble, en finir avec
les journées de mobilisation isolées, se mettre d'accord autour d'une plateforme revendicative ayant un contenu, en particulier sur les salaires.
LES "VERSAILLAIS" SONT DE RETOUR !
Sarkozy s'est adressé aux parlementaires, réunis en Congrès, et à l'ensemble de la presse, dans le faste, à Versailles.
Le dernier à l'avoir fait fut le conservateur Adolphe Thiers, en 1875, passé à la postérité pour avoir écrasé la Commune lors de la semaine sanglante. Nous refaisant le même coup qu'en 2007, lors de la présidentielle, Sarkozy l'usurpateur a fait référence, dans son discours, au projet du Conseil national de la Résistance.
Dans une longue litanie démagogique, il s'est employé à faire croire qu'il comprenait ceux et celles qui souffraient de la crise, que « l'économie doit être au service de l'Homme ». Avec de faux accents de modestie, et en associant – par ailleurs à juste titre – la gauche à la droite, dans le bilan désastreux de ces 30 dernières années, le président a humblement reconnu qu'a été faite « une part trop belle au capital financier ». Voilà toujours et encore la même rhétorique, les vilains capitalistes financiers seront punis, et le capitalisme industriel, celui des courageux entrepreneurs, est valorisé! Surtout, il ne suffit pas de remettre en cause les fauteurs de crise, « c'est aussi le moment ou jamais de nous remettre en cause nous-mêmes ». Entendez par là qu'il faut accepter sans broncher tous les mauvais coups passés, présents et futurs…
Sarkozy a fait semblant de s'apitoyer sur le sort des jeunes qui n'obtiennent pas de diplômes, alors que sa politique détruit l'école, de la maternelle à l'université ; sur celui des prisonniers, alors que les conditions de détention sont terribles et la répression l'unique politique du pouvoir ; sur celui des salariés licenciés alors que le pouvoir n'a servi que les banques et les grands patrons.
Donc pas de surprise dans les annonces : Sarkozy justifie toutes les décisions imposées et il compte poursuivre plus que jamais sa politique destructrice. Toutes les mesures annoncées vont dans le sens d'une accélération des mesures antisociales et liberticides : il confirme la volonté d'allonger l'âge de départ à la retraite, la règle du non-remplacement d'un départ sur deux à la retraite dans la fonction publique, la même politique fiscale en faveur des plus riches et du patronat (suppression de la taxe professionnelle), la volonté d'imposer la loi Hadopi.
Dans l'adresse présidentielle, la liberté est en bonne place… aux côtés de la sécurité et de la nécessité de construire de nouvelles prisons !
Le chef de l'Etat annonce la couleur sans ambages : pour lutter contre le déficit, il faut réduire « le mauvais déficit » celui qui serait imputable à une mauvaise gestion des dépenses ; une solution la poursuite de la cure d'amaigrissement dans les services publics. Quant au déficit dû à la crise (les milliards aux banques), il serait incontournable.
Pour les travailleurs, des propositions seront faites aux partenaires sociaux. Elles seront au mieux floues, au pire allant toujours dans le sens de la précarité (« mesures massives en faveur de l'activité partielle, étendre encore le contrat de transition professionnelle »). Quelques miettes seraient peut être concédées sur la pénibilité au travail.
La conclusion est limpide, Sarkozy ne reculera sur rien : « réforme » des retraites, des collectivités locales, taxe carbone, etc. Si on le laisse faire.
Dès maintenant, pour la rentrée, il faut organiser la riposte du monde du travail et de la jeunesse. C'est la responsabilité de toute la gauche politique, syndicale et sociale.
Les Versaillais passent à l'attaque, réveillons l'esprit de la Commune !
Le 16 juin, le ministre du Travail, Brice Hortefeux, relançait le débat sur l’âge légal du départ en retraite et préconisait son relèvement à 67 ans, à l’image d’autres pays européens. Il recevait immédiatement le soutien de François Fillon et de la présidente du Medef, Laurence Parisot.
Alors que la France compte plus de 10 millions de chômeurs, il faudrait imposer à ceux qui ont un emploi de continuer à s’épuiser au travail. Ils devraient continuer à occuper leur poste, alors que se multiplient les vagues de licenciements et de suppressions de postes pour des salariés de moins de 60 ans et que des millions de jeunes sont à la recherche d’un emploi.
Le 17 juin, la publication des prévisions pour 2009 des comptes de la Sécurité sociale enfonçait le clou. La commission des comptes de cet organisme annonce un doublement du « trou » de la Sécu cette année. Celui-ci passerait de 10 à 20 milliards d’euros toutes branches confondues (retraites, maladie, accidents de travail, famille), un niveau jamais atteint depuis 1945. Le ministre des Finances, Eric Woerth, en a lui même précisé les causes: « La multiplication par deux du déficit, c’est tout simplement la division par deux du volume des recettes, c’est parce que l’argent ne rentre pas, ce n’est pas parce que les dépenses progresseraient de manière incontrôlée. » C’est faute de rentrées suffisantes des cotisations sociales – cette part du salaire mise en commun pour financer les retraites, la soins ou les allocations familiales – que la Sécurité sociale est en « déficit ». Ce manque de recettes n’a rien de mystérieux : il s’appelle « plans de licenciements », « suppressions d’emplois dans la fonction publique », « blocage des salaires », et généralisation de l’emploi précaire accompagnée d’exonérations de cotisations sociales pour les employeurs (près de 31 milliards d’euros en 2009).
100000 suppressions d’emplois, c’est près de 1 milliard d’euros en moins pour la Sécu; une augmentation de 1% des salaires, ce sont 3 milliards d'euros de cotisations sociales en plus ! Pourtant, le ministre exclut d’avance toute idée de remise à niveau des cotisations .Pour la maladie, comme pour les retraites, ce gouvernement n’envisage qu’une chose : s’en prendre encore plus aux salariés, afin de diminuer les dépenses, dans l’attente de la « reprise » !
Deux mesures sont préconisées : le durcissement des contrôles et des sanctions pour les arrêts de travail jugés « abusifs », et un contrôle plus strict des transports sanitaires prescrits par les hôpitaux. Ces mesures, censées rapporter quelques millions d’euros là où on nous parle d’un « déficit » de 20 milliards d’euros, sont financièrement dérisoires. Mais elles annoncent de nouvelles ponctions et de nouvelles sanctions contre les salariés malades.
Une mesure expérimentée dans quelques départements risque d'être généralisée : les salariés dont les arrêts de travail sont jugés « abusifs » par un médecin envoyé par l’employeur pourraient voir supprimées leurs indemnités journalières de Sécurité sociale ! C’est la porte ouverte à la remise au travail systématique par des « médecins Medef » des salariés malades, alors même que la pression du chômage et des employeurs dissuade de nombreux salariés de se soigner comme ils le devraient.
L’autre « piste » de diminution des dépenses concernerait les prescriptions de transports sanitaires par les hôpitaux dont le volume augmente. Sur ce point, Eric Woerth, n’aura aucune difficulté à trouver les coupables, puisqu’ils siègent avec eux chaque semaine en Conseil des ministres. En fermant les hôpitaux de proximité, en regroupant les moyens sur des « plateaux techniques » éloignés, ils ont créé les conditions d’une explosion des dépenses de transport. La loi Bachelot va encore aggraver cette situation.
Ces annonces révèlent l’urgence et la cohérence d’une réponse anticapitaliste. En interdisant les licenciements, en diminuant le temps de travail pour favoriser les embauches, en augmentant les salaires de 300 euros pour tous, on assurerait en même temps la rentrée de cotisations sociales permettant de garantir à tous une retraite à taux plein à 60 ans, des soins financés à 100% par l’assurance maladie. Mais, à l’opposé des réponses gouvernementales, il faudrait pour cela s’en prendre aux profits et imposer une autre répartition des richesses.
Une fois de plus, les patrons veulent faire payer la crise aux salariés que ceux-ci soient virés ou obligés de quitter leur ville, leur région pour être « reclassés » ailleurs sans aucun égard pour leurs conditions de vie, leurs situations familiales.
Il n'y a aucune raison de prendre pour argent comptant les affirmations de Michelin. Il faut exiger l'ouverture à tous des livres de compte, la transparence sur la comptabilité, la circulation des capitaux, l'évolution des profits et des dividendes versés aux actionnaires.
Dès l'annonce de la fermeture de leur entreprise, les salariés de Noyelles-les-Seclin ont cessé le travail.
Le NPA et Olivier Besancenot, son porte-parole, partagent la stupéfaction et la colère des salariés de Michelin, indignés par les suppressions de postes et apportent leur soutien à leur mobilisation pour s'opposer aux décisions de la direction de Michelin.
Une nouvelle vague de licenciements, dans tous les secteurs professionnels, est en train de tomber. Il est grand temps que dans les entreprises qui licencient, des initiatives de convergence des luttes soient prises pour riposter ensemble, exiger l'annulation des suppressions de postes et un loi d'interdiction des licenciements.
Au coeur de l'été, privatisation en recommandé.
Suite à la réunion de la commission Ailleret sur le devenir de la Poste, Luc Chatel vient d'annoncer que le changement de statut serait examiné au conseil des ministres le 27 juillet.
Le choix de la date en dit long sur le courage du gouvernement, qui compte profiter de la trève estivale pour s'épargner la fronde prévisible des salariés des usagers ainsi que de nombreux élus de petites communes attachés à un service public présent sur tout le territoire. Après avoir évoquer l'Europe des services publics durant la campagne, le gouvernement montre une nouvelle fois son vrai visage : offrir au marché un secteur qui lui échappait et appliquer ainsi docilement la directive libérale européenne d'ouverture à la concurrence de l'ensemble du marché postal.
Pour tenter de rassurer, le gouvernement prétend que la Poste restera 100% publique malgré le changement de statut. On connait pourtant l'histoire : à chaque privatisation, l'entreprise est censée rester 100% publique, l'état est majoritaire lors de l'ouverture du capital et puis vient ensuite la privatisation totale.
Qui peut oublier la promesse récente de Sarkozy de ne pas baisser la part de l'état en desous de 70% du capital d'EDF ?
Les promesses du gouvernement en matière de service public ne valent rien. En matière postale aussi, la droite manque de franchise. L'Etat trouve des milliards pour renflouer des banques privées qui s'écroulent du fait de la crise et s'apprête à se séparer d'un des services publics les plus populaires. Sarkozy socialise les pertes et privatise les profits.
Pour le maintien du statut de la Poste, pour un service 100% public, une riposte unitaire est nécessaire pour bloquer ce projet avant qu'il ne passe à l'Assemblée à l'automne prochain.
Depuis l’accélération sans précédent des licenciements, les luttes sont nombreuses. Des amorces de coordination, fragiles, voient le jour.
Ce qui caractérise la plupart des luttes face aux licenciements, c’est leur isolement. Aucune confédération syndicale n’a pris l’initiative de réunir l’ensemble des entreprises concernées par les licenciements pour définir une riposte commune. Un potentiel de mobilisation réel existe pourtant dans bien des endroits, avec des luttes qui durent sur plusieurs mois, comme à Celanese, Fulmen (batteries de voiture à Auxerre) ou Lear (sièges pour Citroën dans l’Oise). Mais, malgré des luttes dures, aucune boîte ne se bat par sur la perspective d’interdiction des licenciements, comme le NPA le défend. Non pas que les salariés concernés soient opposés à cette perspective, mais elle apparaît dans bien des cas comme inaccessible. Car, isolés, les salariés n’ont d’autre choix que de se battre pour des plans « sociaux » les moins mauvais possibles, des primes de départ conséquentes, un nombre de licenciements moindre par rapport à celui prévu par les patrons, etc.
De ce point de vue, même sur la défensive, les travailleurs, comme à Continental, arrivent, ici et là, à marquer des points. Même timidement, on assiste, de manière très locale, à des débuts de coordination d’entreprises en lutte. A Châteauroux (Indre), par exemple, les salariés de l’usine Rencast (tôles aluminium pour l’automobile), après avoir gagné à 100% contre la fermeture de leur usine à la suite de deux semaines de grève avec occupation, ont donné un coup de main aux salariés de Mead Emballages. Dans la région de Quimper, il y a eu une tentative de coordination entre les salariés de Cummins (filtres à air, à huile et hydrauliques pour les poids lourds et les engins de chantiers et l'automobile), ceux de Livbag (numéro un mondial de l’airbag, qui veut licencier 250 des 900 salariés) et ceux d'Asteel (sous-traitance électronique et électromécanique), avec une manifestation commune devant le Medef et la préfecture, mais qui n’a pas été plus loin. Mardi 9 juin, les travailleurs de Lear sont venus accueillir les salariés de Molex à Paris, ces deux usines étant liées au même donneur d’ordre, PSA (lire TEAN n°12 du 11 juin).
En Picardie, particulièrement touchée par des licenciements dans le secteur automobile, les salariés de Continental (Oise) et de Goodyear (Somme) se sont coordonnés. Ils organisent des manifestations communes, se voient le samedi « chez l’un ou chez l’autre », pour des barbecues de lutte, etc. Sans faire de plans sur la comète, à partir de ces deux usines, un appel à une rencontre de l’ensemble des salariés victimes des mêmes plans de licenciements dans tout le pays rencontrerait, à coup sûr, un écho considérable. Ce serait l’occasion, pour les salariés eux-mêmes, de débattre des perspectives concrètes à mettre en avant aujourd’hui.
Mais une telle rencontre ne se décrète pas. Le NPA pourrait réunir des représentants d’une quinzaine d’entreprises en
France aujourd’hui touchées par des plans de licenciements et sortir de son chapeau « un appel NPA ». Ce n’est pas sa manière de faire. Mais cela ne l'empêche pas de faire connaître à
tous ce qu'il juge utile dans la période (comme une marche nationale pour l’interdiction des licenciements) et de faire savoir sa disponibilité à ce sujet, comme il l'a déjà fait savoir en
décembre dernier en convoquant une réunion unitaire adressée à l’ensemble des organisations syndicales et politiques afin de proposer un front commun contre les licenciements.
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